Comment nous avons enquêté sur le gaz de schiste de TotalEnergies au Texas

Disclose poursuit son incursion dans l’industrie du gaz fossile. Dans une nouvelle enquête publiée mardi 26 septembre, notre journaliste Alexander Abdelilah s’est rendu au Texas, où TotalEnergies exploite 1 700 gisements de gaz de schiste. Carnet de reportage.
Depuis plusieurs mois, Disclose lève le voile sur les intérêts français qui nourrissent l’eldorado du gaz de schiste aux États-Unis. L’enquête publiée mardi 26 septembre est la suite naturelle de nos dernières publications, qui avaient mis au jour l’implication de grandes banques françaises dans l’industrie du gaz naturel liquéfié (GNL) américain, dont la France est devenue le premier importateur mondial en 2022. Un choix stratégique que le gouvernement n’assume pas. Pire, il l’encourage : fin septembre, un nouveau terminal méthanier flottant doit entrer en service au Havre (Seine-Maritime) au prétexte d’une rupture — imaginaire — de l’approvisionnement en gaz du pays, qui serait liée à la guerre en Ukraine. Ce bateau-usine unique en France, exploité par TotalEnergies, s’est installé dans une opacité totale, malgré les risques qu’il présente pour la population havraise.
À l’autre bout de la chaîne, nous avons voulu avec cette nouvelle enquête montrer comment l’industrie du GNL, un gaz présenté comme une « énergie de transition », voire « propre » affectait les populations au Texas, paradis des groupes pétrogaziers. Nous nous sommes concentrés sur les puits exploités par TotalEnergies, car l’entreprise est le premier exportateur du GNL américain vers l’Europe. À travers l’État, le gaz de schiste est extrait en pleine zone urbaine, ce qui rend la dangerosité de cette énergie encore plus visible.
« Nous voulions confronter une hypocrisie française : notre pays interdit l’exploitation de gaz de schiste mais en importe massivement »
Alexander Abdelilah, journaliste à Disclose
Une semaine durant, j’ai parcouru le Texas et la Louisianne, où j’ai pu m’entretenir avec plusieurs dizaines de personnes : riverains des puits de gaz de schiste, élu·es, activistes environnementaux ou encore des pêcheurs affectés par l’industrie du GNL. Nous voulions non seulement mettre des visages sur cette énergie dont raffolent la France et l’Europe, mais aussi confronter une hypocrisie française — notre pays interdit l’exploitation de gaz de schiste mais en importe massivement — aux témoignages d’Américain.e.s qui vivent sur le front de cette guerre de l’énergie.
Ce que j’ai découvert était bien pire que ce que j’imaginais. À Arlington, les forages sont situés en plein centre-ville, au plus près d’enfants et de personnes vulnérables. Il s’en dégage des odeurs insupportables. Il m’a suffi de quelques secondes à proximité d’un puits pour me sentir mal. Cette situation a beau être très inquiétante, les élu·es de la ville ne trouvent rien à y redire. Le conseil municipal d’Arlington auquel j’ai pu assister a entériné de nouveaux puits pour TotalEnergies, juste après de vibrants plaidoyers d’habitant·es craignant pour leur santé, citant des études scientifiques et suppliant les élus de les entendre. En vain.
Grâce à des demandes de documents en application de la loi sur la liberté de l’information, j’ai aussi pu lever le voile sur une partie du système qui protège les industriels pétrogaziers. En racontant de l’intérieur comment l’autorité de régulation texane de l’environnement, supposée contrôler TotalEnergies, fait preuve d’une grande bienveillance à son égard. J’ai tout fait pour entrer en contact avec les inspecteurs en charge de l’analyse des puits de l’énergéticien français, mais l’agence de régulation m’a claqué la porte au nez. Et aucun ancien n’a voulu me rencontrer. Le signe que nos questions dérangent, et qu’elles doivent être posées.
Alexander Abdelilah
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