
Crédit agricole : enquête vidéo sur ses investissements dans l’exploitation polluante du pétrole en Colombie
La banque française investit l’épargne de ses clients dans l’industrie pétrolière colombienne, pourtant responsable de nombreuses pollutions dans les forêts et cours d’eau du pays, révèle l’enquête de Disclose, avec le soutien du Pulitzer Center.
Dans cette enquête vidéo, réalisée en partenariat avec le Pulitzer Center, Disclose révèle que l’épargne placée dans le groupe Crédit agricole est investie dans l’extraction et la production de pétrole au cœur de l’Amazonie colombienne. Sa filiale Amundi, chargée de faire fructifier les placements d’entreprises et de particuliers, détient 50 millions d’euros* d’actions et d’obligations dans Ecopetrol, le géant colombien des hydrocarbures. Pour son plus grand bénéfice : la banque gagne 3,6 millions d’euros chaque année grâce à Ecopetrol, d’après des données financières exclusives obtenues par Disclose.
Dans la région de Villagarzón, « des concentrations importantes d’hydrocarbures » cancérigènes ont été relevées autour d’un ancien puits abandonné dans la jungle, d’après un rapport confidentiel commandé par la firme pétrolière en 2018 et obtenu par Disclose. Contacté, Ecopetrol dément toute responsabilité et assure que les fuites sont causées par des sabotages : « il y a eu des incidents de saisie d’hydrocarbures par des inconnus et des groupes illégaux ». Des explications qui ne semblent pas suffire à l’agence environnementale colombienne : en 2021, elle a enclenché une procédure de sanction à l’encontre d’Ecopetrol en raison « des retards dans les actions requises » pour assainir la zone.
Émanations toxiques
Le groupe bancaire français ne se contente pas des dividendes qu’il tire de la production du pétrole colombien. Il profite aussi de son exportation. D’après l’analyse de données financières et douanières inédites, Amundi détient 1,8 milliard d’euros dans la multinationale américaine Chevron, qui raffine le pétrole colombien aux États-Unis, notamment dans le Mississippi. Sur place, l’industriel a été épinglé, en 2019, par les autorités américaines pour des émissions illégales de benzène. Ces émanations toxiques sont responsables de maladies respiratoires chroniques chez la majorité des 120 familles qui vivent autour de l’usine, selon le média américain ProPublica. Sollicité, Chevron n’a pas souhaité répondre aux questions de Disclose.
Interrogé sur ses investissements dans Chevron et Ecopetrol, qui lui rapportent 19,9 millions d’euros par an, le Crédit agricole n’a pas souhaité s’expliquer. La première banque française s’est contentée d’affirmer qu’elle « ne finance plus de nouveaux projets de combustibles fossiles » et concentre « ses financements sur les projets d’énergies renouvelables et bas carbone pour accélérer leur déploiement ».
Le Crédit agricole n’est pas le seul établissements financiers à tirer profit du pétrole colombien. Deux autres banques françaises soutiennent les mêmes pollueurs : BNP Paribas et le groupe Banque populaire Caisse d’épargne (BPCE). Elles se partagent 735 millions d’euros d’actions et obligations dans Ecopetrol et Chevron. Contacté par Disclose, le groupe BPCE assume ses placements : « La part de gaz et de pétrole dans nos investissements est mineure, mais nous estimons qu’elle est nécessaire dans cette période de transition ». De son côté, la BNP Paribas se justifie en soulignant qu’elle n’accorde « plus de financement dédié à des projets de développement de nouveaux champs pétroliers ou gaziers ». Ce qui ne l’empêche pas de garder dans son portefeuille des compagnies parmi les polluantes de la planète.
Enquête : Alexander Abdelilah
Réalisation et montage : Loïc Kessler
Édition et voix : Ariane Lavrilleux
Cette enquête a reçu le soutien du Rainforest Investigations Network, du Pulitzer Center.
*Toutes les données financières citées ont été mises à jour en août 2024. Les données douanières ont été analysées grâce à ImportGenius.
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