Des banques européennes complices des incendies en Amazonie

D’après l’enquête de Disclose et ses partenaires, les banques européennes ont financé des entreprises liées à la déforestation de l’Amazonie pour près de 17 milliards d’euros entre 2013 et 2022.
Depuis dix ans, des pans entiers de l’Amazonie sont défrichés par des entreprises agroalimentaires financées par des banques européennes. Au total, se sont près de 17 milliards d’euros qui ont été investis dans les activités de ces sociétés spécialisées dans la production du soja et de l’élevage bovin.
D’après l’enquête de Disclose, Repórter Brasil, Die Welt, l’Espresso et Info Libre, qui s’appuie sur une analyse détaillée de milliers de transactions financières répertoriées par la plateforme Forest and Finance, ces fonds proviennent essentiellement de banques espagnoles, françaises, allemandes et néerlandaises. Au total, nous avons recensé 230 établissements originaires de 17 pays européens.
En tête de ces établissements : le groupe espagnol Santander, qui a opéré pour plus de 8,2 milliards d’euros de transactions liées à l’industrie agroalimentaire brésilienne, suivit du groupe néerlandais Rabobank, avec 4,9 milliards d’euros de transactions enregistrées.
D’après notre enquête, le premier destinataire des fonds bancaires européens n’est autre que le programme de financement agricole du Brésil, un organisme créé par le gouvernement fédéral pour soutenir une agriculture durable.
Mégafermes
En réalité, le programme ne remplirait pas sa mission. Selon une étude de l’ONG Chain Reaction Research, seuls 13 % du total des prêts auraient servi à aider de petites exploitations familiales. Un constat partagé par la Banque mondiale qui indiquait dans un rapport daté de 2020 que la majorité du financement allait en réalité à de grandes exploitations. Des mégafermes qui fournissent notamment des multinationales de la viande bovine et du soja à l’instar de Cargill, Bunge, Minerva, Marfrig et JBS. Toutes bénéficient également du soutien des banques européennes.
Pourtant, ces entreprises sont accusées de s’approvisionner auprès de fermes responsables de la déforestation de l’Amazonie. En juillet 2020, Disclose et Repórter Brasil, avait par exemple révélé que JBS, le leader mondial de la production de viande bovine se fournissait auprès d’exploitations sous embargo pour cause de déforestation illégale. A la suite de notre enquête, un important fonds d’investissement européen baptisé Nordea Asset Management s’était retiré du capital de l’entreprise.
Fin 2021, c’est la société Marfrig qui a fait l’objet d’une attention particulière de la part du fonds de pension gouvernemental norvégien qui a placé l’entreprise sous observation en raison de son implication dans la déforestation.
Ces décisions n’ont pas été suivies dans le milieu financier européen. Pour cause, JBS et Marfrig sont les principales bénéficiaires des financements des banques Santander et Rabobank, mais aussi de la Deutsche Bank et Volkswagen financial services.
8 milliards d’euros pour l’industrie du soja
Les fonds alloués par les banques européennes ont également bénéficié à l’industrie du soja qui a reçu près de 8 milliards d’euros pour développer ses activités au Brésil.
Les banques européennes mises en cause ne pouvaient ignorer que leurs investissements alimentaient la déforestation de la forêt amazonienne, mais aussi du Cerrado, l’autre poumon de la planète. D’après une étude scientifique publiée par la revue Science en 2020, jusqu’à 22 % du soja et 60 % du bœuf importé du Brésil par l’Union européenne seraient liés à la déforestation illégale.
Rémi Labed et Geoffrey Livolsi
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