10 juil. 2025

De l’indignation à l’action : les 350 impacts de Disclose en 2024

De l’indignation à l’action : les 350 impacts de Disclose en 2024

Les enquêtes de Disclose s’imposent comme un véritable contre-pouvoir. La preuve : en 2024, nos révélations ont déclenché des manifestations dans la rue, fait bouger la loi, permis l’ouverture d’enquêtes judiciaires ou contraint des multinationales et le plus haut sommet de l’État à rendre des comptes. Retour sur une année d’impact au service de l’intérêt général.

La vie d’une enquête de Disclose ne s’arrête pas à sa publication. Au contraire, c’est là que tout commence. Il y a ces soubresauts instantanés, lorsque nos révélations se propagent à la radio, la télévision ou sur les réseaux sociaux, mais il y aussi ces secousses invisibles. Celles qui font vaciller le sentiment d’impunité qui s’est installé dans les arcanes du pouvoir politique ou les hautes sphères des multinationales. Autant d’« impacts » qui viennent rappeler l’importance du journalisme tel que Disclose le pratique : indépendant, rigoureux et sans concessions face aux injustices qui minent la société.

En 2024, comme chaque année depuis six ans, nous avons recensé les répercussions de nos enquêtes. Par exemple, si une ONG saisit la justice sur la base de nos révélations, nous comptabilisons un impact. Si un·e parlementaire interpelle le gouvernement au sujet de notre enquête, nous en recensons un autre. Résultat : nous avons identifié 352 répercussions de notre travail au cours de l’année, dont 25 mentions à l’Assemblée nationale et au Sénat, mais aussi des manifestations dans l’espace public, comme une mobilisation organisée à Paris devant le siège de l’assureur AXA, au printemps 2024, ou cette action qui s’est déroulée à Marseille, aux portes de l’usine d’armement Eurolinks.

La surveillance d’État mise à mal

Une enquête résume, à elle seule, le rôle que Disclose entend jouer face au pouvoir démesuré que s’octroie l’État. En novembre 2023, quelques jours après nos révélations sur l’utilisation illégale du logiciel de vidéosurveillance Briefcam, qui permet la reconnaissance faciale, les directions générales de la police et de la gendarmerie ont été contraintes de réagir. Celles qui n’aiment rien moins que la lumière ont suspendu l’application, pour « des raisons d’insécurité juridique ».

En parallèle, la CNIL, le gendarme des données personnelles, met son nez dans le dossier. Elle prend un an plus tard une décision aussi rare qu’accablante pour les autorités : mettre en demeure le ministère de l’intérieur en raison des « risques d’atteintes aux libertés individuelles » induits par l’usage de Briefcam. La CNIL réclame à la place Beauvau une analyse d’impact du logiciel sur les données personnelles. Celle-ci serait toujours « en cours d’analyse », selon l’institution, interrogée par Disclose en juin 2025.

L’indépendance face aux intimidations

Projeter la lumière sur les secrets du pouvoir, c’est prendre le risque d’être menacé. Par exemple, lorsque nous enquêtons sur les crimes environnementaux causés par des fournisseurs d’Ikea en Pologne et au Brésil, qui nous intiment de taire leur nom sans quoi ils nous poursuivront en justice. Ou quand nous dévoilons la complicité de l’armée française dans des crimes contre des civils en Égypte.

Cette dernière enquête, baptisée « Egypt Papers », a valu à notre collègue Ariane Lavrilleux d’être placée en garde à vue par la DGSI, pendant 39 heures, en septembre 2023, pour « compromission du secret de la défense nationale ». En janvier 2025, au terme d’une procédure inédite, qui aura vu les services de renseignement tracer ses déplacements en temps réel, inspecter son téléphone, son ordinateur et ses comptes bancaires, la journaliste de Disclose a finalement été mise hors de cause.

Si ces attaques intolérables à la liberté d’informer doivent être dénoncées avec force, il faut aussi y voir une preuve concrète de notre utilité. Ce travail au long cours, qui nous permet de nous immiscer dans l’obscurité entretenue par celles et ceux qui œuvrent contre l’intérêt général, nous le faisons avec le soutien de notre public. L’an dernier, 3 645 lecteurs et lectrices ont contribué à notre action, pour un total de 330 000 euros de dons. Ils et elles forment une autre armée de l’ombre, qui veut faire vivre un contre-pouvoir puissant, déterminé, résolument indépendant. Pour preuve qu’à l’indignation peut susciter l’action :

Comment Disclose mesure son impact ?
Nous recensons pas moins de 20 types d’impacts, qui sont autant de preuves des échos de nos enquêtes dans le monde réel. Pour identifier ces répercussions, nous recourons essentiellement à des sources en ligne : moteurs de recherche, réseaux sociaux, alertes automatisées, sites institutionnels… Certaines sont aussi signalées par des lecteur·ices ou des associations contactées au cours de nos enquêtes. Dans un souci de transparence, nous avons compilé tous les impacts de notre travail dans une base de données en accès libre :


Rédaction du rapport d’impact : Pierre Leibovici, avec Arno Soheil Pedram
Rédaction en chef : Mathias Destal
Mise en page : Aurélia Vincent-Blairon
Photo de couverture : Manifestation contre le siège d’AXA à Paris, le 29 février 2024 / Insure our Future