24 mai 2023

Greenwashing : le Festival de Cannes met fin à son partenariat avec South Pole

Greenwashing : le Festival de Cannes met fin à son partenariat avec South Pole

La direction du festival annonce qu’elle ne fera plus affaire avec South Pole, le géant suisse des crédits carbone. Cette réaction intervient à la suite des révélations de Disclose sur son projet phare au Zimbabwe qui s’est avéré trompeur, alors qu’il devait compenser les émissions de CO2 des jets privés et des yachts utilisés par les festivaliers de la Croisette.

Une semaine après nos révélations sur sa stratégie de greenwashing, le Festival de Cannes sort du silence. Dans un e-mail adressé à Disclose lundi 22 mai, la direction du festival annonce la rupture de son partenariat avec le cabinet suisse South Pole, son principal fournisseur de crédits carbone. « Nous avons décidé d’exclure les projets South Pole pour 2023 », déclare Agnès Leroy, responsable du service presse de l’évènement.

L’an dernier, South Pole a vendu près de 381 000 euros de crédits carbone au Festival de Cannes, soit la moitié de son budget en faveur de l’environnement. Ces fonds devaient financer la lutte contre la déforestation dans la région du lac Kariba, au Zimbabwe, et ainsi permettre de séquestrer le CO2 contenu dans les arbres. Mais, comme nous le révélions mercredi 17 mai, les émissions de gaz à effet de serre théoriquement évitées par ce projet ont été trois fois moins importantes que ne l’affirmait la société suisse. Au fait du problème dès juin 2022, elle a pourtant vendu ces crédits carbone imaginaires au Festival de Cannes un mois plus tard.

Carte d'Afrique sur laquelle est entouré le lac Kariba.
Près de 11 000 kilomètres séparent la Croisette du lac Kariba, situé à cheval entre la Zambie et le Zimbabwe.

« Nous regrettons qu’un projet qui présente sur le papier, comme c’était le cas pour le projet Kariba, toutes les garanties nécessaires, puisse ne pas répondre aux standards auxquels nous sommes attachés », reconnaît la communication du festival dans sa réponse à Disclose, ajoutant que « tout projet de ce type comporte des incertitudes car le marché volontaire du carbone est un marché non structuré ».

Le festival enterre une partie de ses crédits carbone

Au-delà du projet Kariba, la direction du Festival de Cannes annonce qu’elle va renoncer à tous les crédits carbone de type « REDD+ », c’est-à-dire aux projets de lutte contre la déforestation dans les pays en développement. Très prisés sur le marché mondial de la compensation carbone, ces projets représentent un quart de l’ensemble des crédits échangés depuis 2005.

Ils n’en sont pas moins controversés : dans une enquête publiée en janvier 2023, les médias Die Zeit, The Guardian et le collectif Source Material ont montré que 95 % des crédits carbone REDD+ certifiés par l’entreprise Verra, leader du secteur, étaient des « crédits fantômes », qui n’ont entraîné aucune baisse d’émissions de CO2. C’est justement Verra qui a certifié le projet Kariba, vendu par South Pole au Festival de Cannes.

Crédit : Extinction Rebellion

Difficile, pour les responsables du festival, de mettre les enjeux climatiques sous le tapis rouge. Samedi 20 mai, des activistes d’Extinction Rebellion, ANV-COP 21 et Attac ont introduit des voitures télécommandées munies de fumigènes sur le tarmac de l’aéroport de Cannes-Mandelieu, qui accueille les avions privés des stars de cinéma. À l’appui de leur action, les militant·es ont cité l’enquête de Disclose, dénonçant « les annonces écologiques du Festival […], une vaste blague face à la pollution indécente des jets privés ».

Ce mercredi 24 mai, le secrétaire général du Festival de Cannes, François Desrousseaux, doit détailler les nouveaux projets environnementaux soutenus par le comité d’organisation pour l’année 2023. Auprès de Disclose, sa porte-parole annonce d’ores et déjà « des projets de séquestration et d’évitement carbone à travers le monde, car ces actions demeurent essentielles pour atteindre une neutralité carbone à l’échelle du globe ». Les mesures pour limiter les modes de déplacement ultra-polluants des stars de cinéma, elles, ne sont toujours pas à l’affiche.


Ariane Lavrilleux et Pierre Leibovici

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