Perenco : le groupe pétrolier bientôt jugé en France pour « préjudice écologique » en RDC

Perenco : le groupe pétrolier bientôt jugé en France pour « préjudice écologique » en RDC

Le tribunal judiciaire de Paris a annoncé, jeudi 16 octobre, que le numéro 2 français du pétrole sera bientôt jugé. Les ONG Sherpa et Les Amis de la Terre avaient assigné Perenco en justice, fin 2022, à la suite des révélations de Disclose, Investigate Europe et EIF, sur les pollutions du groupe en République démocratique du Congo.

La multinationale Perenco va devoir répondre de ses actes devant la justice. Après trois ans de procédure, le groupe pétrolier français va être jugé devant le tribunal judiciaire de Paris pour « préjudice écologique ». Le procès pourrait avoir lieu fin 2026 ou début 2027, ont appris Disclose et Investigate Europe, jeudi 16 octobre, lors d’une audience de mise en état. L’entreprise détenue par la richissime famille Perrodo devra se défendre face aux accusations de pollution en République démocratique du Congo, un pays d’Afrique Centrale où elle extrait 20 000 barils de pétrole brut par jour. Dans ce dossier, la discrète société pétrolière risque gros : une condamnation au civil pourrait entraîner une lourde amende, mais aussi la réparation de ses dommages commis sur les populations locales et les écosystèmes.

Pour comprendre pourquoi Perenco se retrouve pour la première fois sur le banc des accusés d’un tribunal français, il faut remonter au 9 novembre 2022. Ce jour-là, Disclose et Investigate Europe, en partenariat avec Environmental Investigative Forum (EIF), publient une enquête de plusieurs mois sur « la brute du pétrole ». L’un des articles est consacré aux ravages environnementaux de Perenco à Muanda, dans la région du Congo Central. L’article recense pas moins de 167 signalements de pollutions en l’espace de quinze ans, avec, parfois, une contamination de l’eau potable et la recrudescence des maladies respiratoires chez les habitants de la région.

Le jour même de la publication, les ONG Sherpa et les Amis de la Terre assignent Perenco devant la 34e chambre du tribunal de Paris, spécialisée dans la responsabilité des entreprises en matière sociale et environnementale. Les deux associations exigent de « la pétrolière française des réparations pour les préjudices écologiques causés en République démocratique du Congo ».

Un saccage de l’environnement qui semble se poursuivre, à en croire un document confidentiel obtenu par Disclose et Investigate Europe.

Rapport explosif

Le document en question, daté de juin 2025, revient « sur les effets de la pollution pétrolière [du] champ pétrolier entier de la société Perenco ». Ce rapport de 21 pages, que nous publions en intégralité, a été rédigé par les membres d’une commission parlementaire congolaise. Des élu·es et des expert·es qui se sont rendu·es sur les installations de l’entreprise, en mai 2025, après un accident sur un site de stockage. La délégation constate, d’une part, que l’eau sur place est impropre à la consommation, que les sols sont tellement dégradés qu’ils ne sont plus fertiles et que la pollution a entraîné une « disparition progressive de la biodiversité ». Elle relève d’autre part que des aires de forage et de torchage de gaz ne sont pas clôturées malgré leur proximité avec des zones habitées.

Les parlementaires congolais·es rapportent également des « irritations oculaires et cutanées » chez les habitant·es ainsi que des témoignages mentionnant des « vomissements de sang » et « des diarrhées de sang ». Ils affirment par ailleurs que Perenco « s’est permis de nettoyer le site avant l’arrivée des inspecteurs ». En clair, l’industriel aurait tenté de cacher aux autorités les conséquences de l’accident survenu sur son exploitation.

Des ouvriers de Perenco sur un forage implanté près de Muanda, dans le sud-ouest de la République démocratique du Congo, en octobre 2021. Photo : Alexis Huguet / AFP

En dépit des preuves qui s’accumulent, le groupe pétrolier, contacté par Disclose et IE, « conteste fermement l’ensemble des allégations portées par [Sherpa et Les Amis de la Terre] qu’elle considère irrecevables et, en tout état de cause, mal fondées ». L’entreprise estime qu’elle ne peut être tenue responsable, en France, de dommages commis par Perenco REP, sa filiale locale, un temps dirigée par le père de l’ancienne ministre de la transition écologique, Agnès Pannier-Runacher. « C’est une stratégie employée systématiquement par Perenco pour tenter d’échapper à des responsabilités environnementales sur ses activités à l’étranger », décrypte Théa Bounfour, juriste chargée du dossier pour l’ONG Sherpa.

Le procès à venir pourrait sonner le glas de cette stratégie et ouvrir la voie à d’autres poursuites — la firme, qui a des filiales dans une quinzaine de pays, a été mise en cause par des ONG dans dix d’entre eux.

Ce n’est pas tout. En parallèle de ce dossier, le parquet national financier a ouvert une enquête préliminaire, comme l’a révélé le magazine Challenges. Elle vise l’attribution à la fille du président autocrate, Julienne Sassou-N’Guesso, de parts dans une concession pétrolière de Perenco au Congo-Brazzaville. Une affaire très lucrative révélée par Disclose et Investigate Europe. En attendant, le pétrolier continue à extraire les dernières gouttes de brut des puits en fin de vie dont il a fait sa spécialité.


Enquête : Leïla Miñano et Maxence Peigné
Rédaction en chef : Mathias Destal
Édition : Pierre Leibovici
Photo de couverture : Alexis Huguet / AFP