07 déc. 2020

Ventes d’armes : Macron part à la reconquête de l’Egypte

Ventes d'armes : Macron part à la reconquête de l'Egypte

En pleine remise en question des exportations vers des pays accusés de violation des droits humains, Emmanuel Macron reçoit le président égyptien Al-Sissi en visite officielle. L’Égypte est l’un des principaux clients de l’armement tricolore.

Le président égyptien Abdel Fattah Al-Sissi est en visite d’État. Rencontre avec le ministre des Affaires étrangères Jean-Yves le Drian dimanche soir, tête-à-tête avec le président ce lundi matin, rendez-vous dans l’après-midi avec Richard Ferrand, le président de l’Assemblée nationale, dîner avec Emmanuel Macron… D’après les éléments de langage transmis à la presse ces trois derniers jours, les échanges doivent porter sur la situation en Libye ; l’Égypte y soutient les forces du maréchal Haftar face au gouvernement d’unité nationale reconnu par la communauté internationale, comme Disclose l’a documenté en septembre 2019.

Cette rencontre entre les deux chefs d’Etats est la première depuis un incident diplomatique survenu le 27 janvier 2019. Ce jour-là, en pleine conférence de presse au Caire, Emmanuel Macron a évoqué les droits de l’Homme en Égypte et mentionné le fait que « les choses ne sont pas allées dans la bonne direction », en référence à des arrestations de journalistes et blogueurs du pays. Réponse cinglante du maréchal : « On ne regarde pas l’Égypte avec des yeux d’Européens ».

Un rapport parlementaire publié le 18 novembre revient précisément sur cet épisode. « Lors de la conférence de presse conjointe, le président français a évoqué son inquiétude à l’égard du respect des droits de l’Homme en Égypte, écrivent les auteurs. Depuis lors, l’Égypte n’a pas conclu de nouveaux contrats avec la France. » Un constat auquel le président de la République tente de remédier.

armes « à double usage »

Dans ce rapport de 157 pages, les députés Jacques Maire (LREM) et Michèle Tabarot (LR) consacrent une partie à l’Egypte, un pays « accusé de nombreux abus sur le plan des droits de l’Homme depuis le retour d’un régime militaire en 2013 ». Jacques Maire, qui s’est rendu sur place en juillet 2019, enfonce le clou : « Votre rapporteur garde le sentiment que les équipements d’envergure acquis par l’Égypte n’ont qu’un lointain rapport avec les besoins pressants d’une armée dont la vocation est la défense du territoire national. »

Les parlementaires pointent un problème en particulier, celui du matériel dit « à double usage ». A savoir, des équipements utilisé à des fins militaires mais aussi civiles, qui devraient, selon les auteurs, faire l’objet d’un contrôle systématique dès lors qu’ils « sont destinés à des États sensibles ». Il s’agit notamment des technologies de surveillance utilisées à des fins d’espionnage de l’Internet égyptien. Ou encore des blindés (Renault Truck Defense) suspectés d’appuyer « la commission de crimes de masse » dans le Sinaï. Les mêmes qui, en 2013, ont été déployés dans les rues du Caire pour réprimer les manifestations hostiles au régime.

« confidentiel défense »

La visite du président Al-Sissi intervient seulement quinze jours après la publication du rapport Maire-Tabarot et de ses pistes pour un renforcement du contrôle démocratique sur les ventes d’armes. Des recommandations qui arrivent donc au pire moment pour Emmanuel Macron, comme l’indique une note classée « confidentiel défense » dévoilée par Disclose. Dans ce document transmis à l’Élysée, le Secrétariat général de la défense et la sécurité nationale (SGDSN), service rattaché à Matignon, s’inquiète de la volonté de transparence et de contrôle des parlementaires sur les « exportations sensibles ». Par exemple, celle du satellite espion Airbus dont le président égyptien pourrait se porter prochainement acquéreur. En attendant, l’exécutif n’a toujours pas réagi à la publication dudit rapport. Question de timing, certainement.