La France bat des records en matière de vente d’armes

Troisième exportateur d’armement derrière les États-Unis et la Russie, la France a représenté 7,9 % du marché mondial entre 2015 et 2019.
Les ventes d’armes made in France ont explosé. Ces cinq dernières années, elles ont même atteint un niveau inégalé depuis trente ans, selon l’Institut international de recherche sur la paix de Stockholm. Dans un rapport publié lundi 9 mars, les analystes de ce centre plus connu sous le nom de Sipri affirment que la France a représenté 7,9% de la part des exportations mondiales entre 2015 et 2019. Soit une augmentation de 72% par rapport à la période 2010-2014, faisant ainsi de l’Hexagone le troisième exportateur d’armes au monde derrière les États-Unis et la Russie. L’institut pour la paix assure que « les exportations françaises vont continuer à se situer à un niveau relativement haut au moins sur les cinq prochaines années ».
Premier bénéficiaire de l’industrie de l’armement tricolore : l’Égypte du Maréchal Sissi. En janvier 2019, Emmanuel Macron en visite dans le pays avait assuré Abdel Fattah al-Sissi du soutien plein et entier de la France en affirmant que « la sécurité de ce pays ami, c’est aussi notre propre sécurité ». Et une manne économique pour l’État français : 35% des importations égyptiennes proviennent de l’Hexagone, faisant de l’Égypte le premier client de la France dans ce secteur. Cet arsenal militaire a notamment été utilisé à des fins de répression politique interne. Il a également pu être mis à profit pour des missions de soutien au Maréchal Haftar en Libye, comme l’a démontré Disclose et ses partenaires de l’enquête French arms.
- Lire l’enquête « Libye : Haftar et le soutien des Rafale égyptiens »
Les deux autres clients principaux de la France sont le Qatar et l’Inde, suivis par 72 États étrangers, dont les Émirats arabes unis et l’Arabie saoudite. Selon le Sipri, le royaume saoudien dirigé par le prince héritier Mohammed ben Salmane demeure l’acheteur le plus dépensier au monde en matière d’armement. En comparaison avec la période 2010-2014, ses importations ont bondi de 130 % entre 2015 et 2019 et la France reste son troisième fournisseur derrière les États-Unis et le Royaume-Uni. Le Sipri indique que l’Arabie saoudite a notamment reçu en 2019 des blindés et patrouilleurs français.
Dans son rapport annuel au Parlement, le ministère des Armées avait déjà confirmé l’augmentation des ventes d’armes à l’Arabie saoudite en 2018, sans pour autant livrer le détail du matériel expédié… Il aura fallu attendre le rapport publié récemment dans le cadre du TCA pour apprendre que la France a livré cette année-là 24 canons Caesar et 42 canons tractés fabriqués par l’entreprise Nexter ainsi que 463 véhicules de transport de troupes.

Dans un rapport publié en septembre 2019, un groupe d’experts de l’ONU pointait pour la première fois la responsabilité de la France en tant qu’État tiers apportant un soutien logistique à l’Arabie saoudite, accusée de crimes de guerre au Yémen. Les experts onusiens rappelaient alors aux autorités françaises que « le Traité sur le commerce des armes (…) prohibe les transferts d’armes en sachant que ceux-ci seraient utilisés pour commettre des crimes de guerre. »
Cinq mois plus tôt, Disclose publiait « Made in France », une longue enquête sur les armes françaises vendues à l’Arabie Saoudite et utilisées contre des cibles civiles au Yémen. Dans la foulée, plusieurs ONG et des parlementaires français avaient réclamé une plus grande transparence sur le contrôle des exportations d’armes. En vain, secret défense oblige…


