La justice s’obstine contre Disclose et relance la traque de nos sources

La Cour d’appel de Paris a suivi les demandes du parquet général et ordonné, mercredi 8 juillet, la réouverture des investigations visant à identifier les sources ayant contribué à nos révélations sur la complicité de la France dans des exécutions extrajudiciaires perpétrées par la dictature égyptienne. Disclose appelle à la mobilisation pour défendre le droit à l’information des citoyen·nes.
La traque s’amplifie. Le 8 juillet, la chambre de l’instruction de la Cour d’appel de Paris a ordonné la réouverture de l’enquête judiciaire initiée contre Disclose il y a un peu plus de trois ans. Cela signifie que la journaliste de Disclose, Ariane Lavrilleux, risque d’être mise en examen pour « divulgation d’un secret de la défense nationale » et que les quatre coauteurs de la série d’articles Egypt Papers vont être convoqués pour répondre aux questions d’un·e juge antiterroriste.
Cette décision, qui fait suite à la demande du parquet général de relancer le dossier, vient contredire les conclusions de deux juges d’instruction ayant enquêté pendant trois ans avec des moyens de surveillance hors norme.
En octobre 2025, la justice avait en effet conclu à un non-lieu pour Ariane Lavrilleux, en raison de l’absence de preuves d’une supposée détention d’informations classifiées. Une décision également motivée par le fait que nos révélations « s’inscrivent dans la catégorie des questions d’intérêt général intéressant le public et le débat démocratique ». Nous nous félicitions, à l’époque, d’avoir gagné une bataille importante pour la liberté d’informer face au secret défense.
Pour le parquet général, qui officie sous l’autorité du ministère de la justice, il était hors de question de laisser passer cela. D’où son appel pour réclamer que « la chambre de l’instruction, en tant que second degré de juridiction, puisse se prononcer sur […] les enjeux en termes de conciliation de la liberté de la presse et du respect du secret de la défense nationale ». C’est gagné : les investigations reprennent.
« Je pensais que le pire était derrière nous »
L’obstination de la justice renvoie Ariane Lavrilleux trois ans en arrière. « Je revois les policiers antiterroristes dans mon salon, fouiller mes carnets, mes ordinateurs, mes téléphones, a témoigné la journaliste de Disclose lors d’une conférence de presse organisée le 9 juillet dans nos locaux. Je me suis repassé les interrogatoires interminables pendant mes 39 heures de garde à vue. Je pensais que le pire était derrière nous. Malheureusement, mes collègues risquent de vivre la même chose ».
Selon notre avocat, Christophe Bigot, « il y a un sous-texte à cette décision », qui sonne comme un signal d’alarme préoccupant : la justice poursuit la traque de nos sources. « Toute une partie de la décision de la chambre de l’instruction incite le juge à rechercher les sources des journalistes ».
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Je soutiens DisclosePlutôt que de faire la lumière sur l’opération Sirli, une mission secrète de la France en Égypte, qui a favorisé l’exécution extrajudiciaire de centaines de civils, le gouvernement cherche à empêcher Disclose. Au lieu d’investiguer sur des faits qui peuvent être qualifiés de complicités de crime contre l’humanité, il mobilise l’appareil judiciaire et les moyens de la lutte antiterroriste pour traquer nos sources.
« En décidant de rouvrir l’instruction, la cour d’appel fait franchir un nouveau seuil à une procédure qui n’aurait jamais dû être engagée, dénonce Thibaut Bruttin, directeur général de Reporters Sans Frontières. C’est l’expression d’un jusqu’au-boutisme du secteur de la défense et un acharnement judiciaire ». Dans son dernier rapport, l’ONG documente justement une tendance globale à utiliser « la sécurité nationale comme outil de répression contre le journalisme ».
Amplifier la mobilisation
Cette procédure-bâillon dépasse largement le cas de Disclose. Elle traduit une volonté de l’État de priver les citoyens d’informations cruciales sur l’action de nos dirigeants. « Il y a des sujets auxquels il ne faut pas s’attaquer, des sujets qui sont la chasse gardée de l’exécutif », a rappelé Mathias Destal, rédacteur en chef de Disclose et coauteur d’Egypt Papers. « L’objectif est clair : il vise à dissuader des gens travaillant au sein de l’appareil d’État de contacter des journalistes ».
Depuis le début de cette procédure, Disclose a reçu de très nombreuses marques de soutien de citoyen·nes, d’organisations professionnelles des médias, d’ONG jusqu’aux deux rapporteuses spéciales de l’ONU pour la liberté d’expression et les défenseurs des droits de l’Homme. Ce nouveau front judiciaire nécessite d’amplifier encore la mobilisation, qui doit dépasser le seul cas Disclose. Car, à chaque fois que l’État poursuit celles et ceux qui éclairent le débat public, il menace la liberté elle-même.
L’équipe de Disclose
Photo de Une : Dounia Rachati
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