« Le Sénat réclame l’identité de donateurs de Disclose : nous nous y opposons fermement »

Le Sénat demande à Disclose de révéler l’identité de ses donateur·ices ayant fait un don de plus de 3 000 euros au cours des deux dernières années. Cette requête inédite est formulée par la mission d’information sur les « zones grises de l’information » en ligne, présidée par le sénateur Laurent Lafon. Disclose se refuse catégoriquement à accéder à cette demande.
Après la commission d’enquête sur l’audiovisuel public, voici la mission d’information sénatoriale sur les « zones grises de l’information ». Depuis plusieurs semaines, trois sénateur·ices planchent sur l’écosystème des médias numériques en France. Objectif affiché : « Proposer des pistes d’évolution pour mieux réguler l’information dans l’espace numérique ». C’est dans ce cadre que Disclose a été convoqué au Sénat, le 7 avril dernier.
Pendant près de deux heures, nous avons été interrogés aux côtés de Carine Fouteau, directrice de la publication de Mediapart et Jean-Baptiste Rivoire, fondateur du média Off investigation, sur le modèle économique de Disclose, nos processus de publication ou notre conception de l’indépendance journalistique. Ce fut notamment l’occasion de rappeler que Disclose est un média à but non lucratif qui, en huit ans, a publié plus de 150 enquêtes journalistiques, produit quatre documentaires et obtenus plusieurs récompenses journalistiques internationales, le tout loin d’une supposée « zone grise » de l’information.
Mais le vrai problème de ces travaux parlementaires est ailleurs.
Fin avril, nous avons reçu un mail signé du président de la mission d’information, le sénateur UDI du Val-de-Marne Laurent Lafon. « Je vous saurais gré de transmettre la liste des donateurs ayant fait un don de plus de 3 000 euros à votre média, au cours des deux dernières années, en indiquant le montant du don », écrit-il, sans plus d’explications. Pourquoi cette demande ? Disclose a interrogé l’équipe du sénateur Lafon sur les motivations de cette requête aussi scandaleuse qu’irrecevable – nous n’avons pas encore obtenu de réponse.
Quoi qu’il en soit, il est hors de question que Disclose transmette ce type d’informations. Pour une raison évidente : l’identité de nos donateur·ices est confidentielle. Cette communication est d’autant moins envisageable que ces informations relèvent de données personnelles susceptibles de divulguer une sensibilité politique ou philosophique, et plus généralement des opinions.
Disclose a toujours fait œuvre de transparence. Nous faisons partie des rares médias français qui publient leurs comptes chaque année. Si l’identité de nos donateur·ices n’est pas une donnée publique, aucun problème a dire que nous avons obtenu le soutien financier de quatre personnes ayant fait un don compris entre 3 000 et 5 000 euros depuis 2024 – merci à elles ! Cedi dit, l’écrasante majorité de nos financements proviennent des milliers de donateur·ices qui nous soutiennent par des dons plus modestes – merci à elles et eux également !
Le ministère de la justice veut nous censurer
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Sous couvert d’enquêter sur les « zones grises de l’information », les sénateur·ices donnent la désagréable impression de se renseigner sur notre cuisine interne. Comme avec ce questionnaire envoyé en amont du 7 avril, dans lequel le président Lafont demande notamment « comment sont choisis les sujets traités », « quelles sont les procédures de validation des sujets ». Le sénateur va jusqu’à questionner notre déontologie journalistique avec une question sur notre « ligne de défense juridique » dans le cas où Disclose serait « accusé d’avoir utilisé des moyens d’investigations physiques ou numériques illégaux » – vous pouvez retrouver l’ensemble de nos réponses écrites ICI.
Alors que la liberté de la presse est attaquée de toutes parts, que les procédures-bâillons se multiplient et que les médias traditionnels tombent les uns après les autres dans l’escarcelle de milliardaires influents, des sénateur·ices investissent donc du temps et de l’énergie à enquêter sur les médias indépendants. Celles et ceux qui se battent au quotidien pour un journalisme au service de l’intérêt général. Le Sénat se trompe clairement de cible.
Rédaction : Mathias Destal
Édition : Rémi Labed
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