« Une balle dans la nuque » : Disclose s’associe au dépôt de deux plaintes pour menaces de mort

Le site d’extrême droite Réseau libre a publié une liste de 180 « candidats à l’exécution » parmi lesquels figurent plusieurs collaborateurs de Disclose. En réaction, deux plaintes collectives pour menaces de mort ont été déposées, les 12 et 15 juillet, au tribunal judiciaire de Paris.
Une « balle dans la nuque ». Entre un article appelant à éliminer des « trans » et un autre à « flinguer les manouches », un site d’extrême droite, baptisé Réseau Libre, a publié les noms de 180 journalistes, élu·es et membres de la société civile considéré·es comme des cibles à abattre. Leur point commun ? Avoir signé une tribune, en octobre 2023, réclamant la fin des attaques gouvernementales contre la liberté d’informer. Parmi les « candidats à l’exécution le jour où les Patriotes décident de se sortir les doigts », on trouve plusieurs membres et collaborateurs de Disclose : l’avocat Joseph Breham, membre du conseil de surveillance, ainsi que les journalistes Daphné Gastaldi, Nina Hubinet, Ariane Lavrilleux et Philippe Pujol.
Publié il y a plusieurs mois, cet appel, signé du pseudonyme de Condor, n’a été découvert qu’à la faveur d’autres menaces proférées sur Réseau Libre au mois de juillet. Cette fois, les cibles sont des avocat·es ainsi que de personnalités politiques de gauche. Faut-il y voir le geste isolé d’une publication néo-fasciste ? Ou la conséquence de la montée inexorable de l’extrême droite dans le débat public, comme dans les urnes ?
Quoi qu’il en soit, deux plaintes pour « menaces de mort » et « provocation à la commission d’une infraction pénale » ont été déposées au tribunal judiciaire de Paris, les 12 et 15 juillet. Elles rassemblent 77 plaignant·es. La première plainte, portée par le cabinet Ancile de l’avocat Joseph Breham, regroupe 44 personnes. La seconde, du cabinet William Bourdon & Associés, rassemble des syndicats, des associations, comme Reporters sans frontières, et 27 autres personnes figurant sur la liste établie par le site Réseau Libre. L’objectif de ces plaintes contre X : que « la peur change de camp », détaille Joseph Breham.
Plainte classée sans suite
Ce n’est pas la première fois que le site, qui se présente comme « un réseau de patriotes », fait parler de lui. En 2018, Pierre Serne, élu écologiste au conseil régional d’Île-de-France, subit une violente campagne d’insultes homophobes et de menaces de mort à la suite d’un appel lancé depuis le site d’extrême droite. L’une des raisons de la vindicte : avoir permis aux étrangèr·es de bénéficier de l’aide médicale d’État. Après une première plainte classée sans suite, Pierre Serne dépose une seconde plainte qui débouche sur l’ouverture d’une information judiciaire, fin 2022. L’enquête permet d’établir que le site Réseau Libre est hébergé en Russie, dans la ville d’Irkoutsk. Mais elle n’en dira pas plus. Selon l’ordonnance de non-lieu datée de juin 2023 et consultée par Disclose, l’invasion de l’Ukraine a « suspendu » l’entraide juridique entre la France et la Russie. Autrement dit, les chances de savoir qui gère le site depuis la Russie sont réduites à néant. Twitter a également été sollicité par la justice française pour obtenir des informations sur le propriétaire du compte lié au site d’extrême droite. Le réseau social, renommé X après son rachat, en 2022, par le milliardaire Elon Musk, n’a pas coopéré avec la justice française.
« Le sentiment d’impunité doit impérativement cesser. »
Matilda Ferey, avocate au cabinet Ancile
Si l’identité de celui qui se cache derrière la création de Réseau Libre n’est pas encore sûre à 100 %, il pourrait néanmoins s’agir de Joël Michel Sambuis. Exilé en Russie à la suite de plusieurs condamnations pour usage de faux documents administratifs et une affaire de détention d’armes, Sambuis aurait auparavant administré un site aujourd’hui fermé : SOS Racaille. Il a été condamné trois ans plus tard par contumace pour « diffamation ». En cause, d’après un article du Monde de l’époque : la diffusion d’une liste d’avocats accusés de « défendre la racaille anti-France ». Réseau Libre comptabiliserait au moins 800 membres, installés en France, en Belgique, en Suisse, en Allemagne, au Canada et en Russie, selon une enquête de Mediapart publiée en 2019. Début 2024, Streetpress rapportait une autre information : le fait que Réseau Libre se vantait d’avoir trouvé « un riche mécène » pour financer ses activités, et ses écrits. Jusqu’à présent, la justice ne s’est toujours pas intéressée à l’entourage de l’exilé français.
« Le sentiment d’impunité doit impérativement cesser », réagit Matilda Ferey, du cabinet Ancile, qui représente notamment les membres de Disclose visé·es par la publication en ligne. « C’est trop facile d’affirmer qu’aucune poursuite ne peut les atteindre parce que les serveurs sont en Russie, poursuit-elle. La justice doit utiliser les moyens à sa disposition afin de retrouver les contributeurs et ainsi mettre un terme à ces discours de haine ». Avec ces deux plaintes, le procureur de la République pourrait décider d’élargir l’enquête préliminaire ouverte le 5 juillet à la suite des menaces de mort proférées contre des avocat·es et personnalités politiques classées à gauche.
Du côté de l’Élysée, l’affaire ne semble pas émouvoir. Alors que la fédération internationale des journalistes réclame « une condamnation publique et claire du Président de la République », Emmanuel Macron n’a pas pipé mot.
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