PFAS : six communes des Ardennes portent plainte pour « mise en danger de la vie d’autrui »

Six communes des Ardennes ont porté plainte pour « mise en danger de la vie d’autrui » et « pollution de l’eau », mardi 7 avril, après avoir découvert l’ampleur de la contamination aux « polluants éternels » sur leur territoire. La procédure, qui s’appuie largement sur les enquêtes successives de Disclose, s’ajoute à trois autres plaintes enregistrées depuis l’été 2025.
Dans les Ardennes et la Meuse, la riposte judiciaire s’organise face à la contamination aux PFAS révélée par Disclose et France 3. Ce mardi 7 avril, six villages des Ardennes et la collectivité des Portes du Luxembourg, qui rassemble 50 communes, ont déposé une plainte contre X pour « mise en danger de la vie d’autrui » et « pollution de l’eau » devant le tribunal de Charleville-Mézières.
« On veut dire aux responsables de la pollution : vous avez pollué et maintenant vous devez rendre des comptes », souligne Annick Dufils, maire du village de Malandry (Ardennes), qui fait partie des plaignant·es, aux côtés de Haraucourt, Blagny, Linay, La Ferté-sur-Chiers et Villy. Les collectivités attaquent contre X, compte tenu de la « multiplicité des auteurs potentiels des infractions ». En espérant que la justice prenne le relais.
Ce nouveau front judiciaire s’appuie sur les enquêtes publiées par Disclose et France 3 Champagne-Ardenne ces derniers mois. En juillet 2025, d’abord, nos rédactions révèlent que l’eau potable de 17 communes est saturée en PFAS, ces polluants toxiques dits « éternels » du fait de leur extrême persistance. Puis, en février dernier, nos analyses exclusives dévoilent leur omniprésence sur le territoire. Terres agricoles, rivières, eaux souterraines… Bien au-delà de l’eau du robinet, les documents que nous avons obtenus montrent que les PFAS ont non seulement imprégné les cultures, mais aussi le sang des habitant·es.
En cause : l’épandage dans les champs d’engrais provenant d’une papeterie située à Stenay (Meuse), et exploitée par le groupe finlandais Ahlstrom. Selon notre enquête, l’usine utilisait des PFAS pour conférer aux emballages une résistance à la graisse. Ces substances se sont retrouvées dans la station d’épuration de l’usine, qui, pendant 30 ans, a fourni aux agriculteur·ices de la région des « boues » aux propriétés fertilisantes.
« Alertes ignorées par les autorités »
Dans leur plainte, les six communes ardennaises relèvent que « la persistance des pratiques [d’épandage] malgré la connaissance des risques démontre une volonté délibérée [de l’industriel] de poursuivre l’activité polluante en toute connaissance de cause ». Pour preuve, elles citent des documents internes à l’usine, dévoilés par Disclose et France 3. Des inventaires datés de 2016 qui listent notamment les substances PFAS injectées par Ahlstrom dans ses emballages et dans lesquels on peut lire des avertissements comme « produit pouvant être toxique pour la reproduction » ou « produit dangereux à long terme pour l’environnement ».

Au-delà de l’entreprise papetière, les élu·es ardennais·es pointent les « alertes ignorées par les autorités de contrôle depuis près de dix ans ». Il y a d’abord ce rapport de l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses), publié en 2011 et exhumé par nos rédactions, qui met en évidence les risques environnementaux des PFAS utilisés par les papeteries. Il y a surtout les analyses montrant, dès 2016, des niveaux alarmants de PFAS dans l’eau potable distribuée à La Ferté-sur-Chiers (Ardennes). Pourtant, ce n’est qu’à l’été 2025, au moment où nous publions notre première enquête, qu’une interdiction de consommer l’eau est prononcée par la préfecture.
Trois autres plaintes sur le territoire
Selon les plaignant·es, la « mise en danger de la vie d’autrui » est caractérisée par « [l’]exposition massive et prolongée de la population à des substances dont la dangerosité est scientifiquement établie ». Ce qui constituerait une « exposition directe à un risque immédiat de mort ou de blessures graves ».
Pour Me Laure Abramowitch, qui défend les collectivités ardennaises, « c’est une pollution systémique ». L’avocate en droit de l’environnement estime que « l’enquête [de Disclose et France 3] permet d’éclairer l’antériorité des pollutions ».

Depuis notre première enquête, en juillet 2025, trois autres plaintes ont été déposées par des habitant·es qui veulent connaître les responsables dans cette pollution sans équivalent en France. La dernière date du 27 mars. Elle est portée par un couple d’agriculteur·ices des Ardennes, Anne et Sébastien Abraham, qui ont dû fermer leur exploitation il y a quelques semaines en raison de la contamination de leurs légumes.
Selon nos informations, le cabinet de Monique Barbut, la ministre de la transition écologique, a reçu début mars plusieurs élu·es de territoires touchés par la pollution aux PFAS, dont des représentants des Ardennes. Mais aucune nouvelle mesure d’indemnisation n’a été annoncée jusqu’à présent. « Depuis le début, on dit aux petites communes que c’est à nous d’endosser la responsabilité, que c’est à nous de payer, déplore Annick Dufils, maire de Malandry. On ne peut pas l’accepter. Cette plainte doit servir à ce qu’on nous écoute enfin. »
Rédaction : Nicolas Cossic (collectif Enketo), Émilie Rosso
Édition : Pierre Leibovici, Mathias Destal
Photo de couverture : Nicolas Leblanc
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